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Un service de psychiatrie en hôpital général: quand le corps ne peut pas être négligé

La psychiatrie met au défi toute vision dualiste du corps et de l’esprit. Elle témoigne de la production de l’esprit par le corps et de l’incarnation de l’esprit dans le corps. Elle est d’emblée psychosomatique. 

Dans la dépression, le corps se fige, s’alourdit, s’épaissit à la mesure d’une âme éreintée et errante. Dans la psychose, le corps est pris dans les filets du délire, devient le réceptacle d’un univers hallucinatoire, et se déstructure sous les coups d’une pensée déchirée entre la réalité inaccessible et la terreur indicible. Les anorexiques voient leur corps dans le miroir déformant de leur angoisse et lui inflige une ascèse que les mystiques du moyen-âge n’auraient pas décriés. Les alcooliques et les toxicomanes tentent d’éteindre leur esprit, mais ce faisant ils agressent leur corps de substances multiples et toxiques.

D’autres fois l’esprit s’inquiète, se fige dans une angoisse qui trouve son expression voire sa raison d’être dans le corps: les jambes ne marchent plus, la douleur est lancinante, le spectre de la maladie et de la mort se concrétise.

«Ainsi nos patients nous parlent souvent de leur corps, ou le mettent en scène.  Nous entendons ce discours, le situons dans l’histoire du patient, sans oublier notre rôle d’équipe soignante, et les données médicales à notre disposition», expliquent le Dr Rodolphe Van Wijnendaele et le Dr Mathieu Le Quément, psychiatres à la Clinique Ste-Anne St-Remi à Anderlecht.

Une réduction de l’espérance de vie
Les patients qui souffrent de problèmes psychiatriques ont une réduction de leur espérance de vie de 10 à 15 ans. «Ce phénomène peut s’expliquer de différentes manières: nombreux sont nos patients qui fument, boivent trop ou ne font pas assez d’exercices. Il arrive aussi qu’ils aient des conduites à risque ou un accès aux soins plus difficile et qu’ils soient parfois stigmatisés, leurs plaintes ne sont alors pas entendues («ils sont «psys»»). Enfin, les effets secondaires des médicaments psychotropes sont nombreux. L’hospitalisation est alors l’occasion de reprendre un suivi médical interrompu, une mise au point, des examens de dépistages. Il faut être attentif au corps, au-delà des mirages du discours et repérer dans les angoisses sans fondement, le signe ou l’anomalie qui peut signaler un problème organique. Tâche toujours répétée et souvent complexe.» 

Un suivi attentif
L’utilisation des médicaments est souvent inévitable chez les patients qui présentent de grandes souffrances psychologiques. Malheureusement ces traitements ont beaucoup d’effets secondaires. Ceux-ci sont parfois bien connus (troubles métaboliques, syndromes extrapyramidaux, souffrance hépatique voir stéatose hépatique non alcoolique,…..) mais souvent insuffisamment suivis, ou moins connus (REM behavioral disorders, hyponatrémie, et troubles de la coagulation sur SSRI,….). Un suivi attentif et une instauration prudente de ces traitements doit donc être la règle. La collaboration avec des collègues somaticiens et à un plateau technique performant est un grand atout pour une prise en charge psychiatrique de qualité.

De plus, l’évolution de la pyramide des âges et l’insuffisance de l’offre de soins en psychogériatrie nous amène souvent à prendre en charge des patients âgés, passionnants mais fragiles. La règle est alors la comorbidité et l’origine multifactorielle des troubles, ainsi que la grande sensibilité aux effets secondaires des traitements. L’accès à des soins somatiques efficaces, la recherche des comorbidités et une politique du «primum non nocere» en matière de traitement pharmacologique est encore plus indispensable qu’avec des patients plus jeunes.

Des séances de shiatsu
«Le corps n’est pas uniquement le lieu d’expression des symptômes. Il est aussi un lieu possible du bien-être. Il peut échapper à l’angoisse et aux souffrances pour être abordé autrement.» Nous proposons aux patients des séances de relaxation et d’ostéopathie organisées par nos kinésithérapeutes. Des séances de shiatsu sont également organisées dans le service par l’école Yoseido de Bruxelles. Le shiatsu (littéralement « pression des doigts ») est une thérapie manuelle, « énergétique » et holistique originaire du Japon. Comme l’Acupuncture, dont il partage les bases théoriques, le shiatsu est issu des connaissances de la médecine traditionnelle chinoise et notamment celles des méridiens. Le principe est d’augmenter ou diminuer l’énergie sur certains points du corps. Il consiste en des pressions exercées à l’aide des mains (parfois les coudes ou les genoux) sur l’ensemble du corps. Par ses différentes propositions, nous proposons aux patients d’expérimenter un rapport plus apaisé à leur corps et de peut-être envisager le bien-être comme une possibilité intéressante à mettre en place dans leur vie.

L’articulation du psychique et du somatique
Les patients, lors d’un séjour en psychiatrie, prennent distance avec un quotidien devenu trop compliqué, voire impossible. Ils peuvent, avec l’aide de l’équipe soignante, construire un projet qui redonne du sens à des moments de vie qui parfois n’en n’ont plus.

L’accueil des patients psychiatriques dans un hôpital général permet de traiter les pathologies psychiatriques et leurs nombreuses répercussions sur la santé physique des patients. L’articulation du psychique et du somatique est un domaine de progrès et de recherche pour la psychiatrie et la médecine d’aujourd’hui.

Dr Matthieu Lequément, psychiatre, Ste-Anne St-Remi
Dr Rodolphe Van Wijnendaele, psychiatre, Ste-Anne St-Remi

Equipe du service de psychiatrie de Ste-Anne St-Remi:
Dr Patrick Leblanc, psychiatre, chef de service
Dr Marianne Couturier,  psychiatre
Dr Matthieu Lequément, psychiatre
Dr Felicia Nedela, psychiatre
Dr Rodolphe Van Wijnendaele, psychiatre

Des consultations en psychiatrie sont disponibles sur l’ensemble des sites du CHIREC, sur rendez-vous. La Clinique Ste-Anne St-Remi dispose quant à elle d’un service de psychiatrie proposant un service d’hospitalisation classique et un hôpital de jour.
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