Dr Yves De Gheldre_750

Le fonctionnement des équipes d’hygiène hospitalière a diamétralement changé

La crise sanitaire a fortement perturbé le quotidien du monde hospitalier. Pour un médecin hygiéniste hospitalier, c’est tout le fonctionnement de l’équipe d’hygiène qui a été entièrement modifié.

Le  Dr Yves De Gheldre est responsable du laboratoire de microbiologie et médecin hygiéniste adjoint du Dr Carole Schirvel au CHIREC.  Dans une interview pour la Chirec Pro il explique comment, malgré cette charge de travail conséquente, son équipe s’efforce de garder le cap et de tout faire pour que la prise en charge des patients soit optimale.

Il y a un an, le laboratoire a connu des problèmes de livraison de matériel pour le diagnostic des tests COVID alors que la demande de testing était en augmentation exponentielle. Et maintenant qu’en est-il?
Au début de la crise, nous étions confrontés à une demande de tests de plus en plus grande alors que nous étions limités par la quantité de réactifs disponibles. Les firmes étaient en effet dépassées par une demande mondiale trop importante. Leurs lignes de production étaient saturées et dépassées.  Par ailleurs les frontières se sont fermées, privilégiant la livraison des kits dans le pays producteur.  Aujourd’hui, c’est toujours le cas mais plus de la même façon. Pour être plus précis, les réactifs PCR sont moins limités mais ce sont les tips pour les pipettes servant à prélever les réactifs qui sont en rupture de stock mondiale, ou les milieux de transport des frottis. Nous continuons donc à être dépendants des fournisseurs et de leur approvisionnement pour garder notre niveau de performance. La situation reste donc très critique, même si nous ne sommes plus dans la situation vécue lors des première et deuxième vagues.

Les hôpitaux ont manqué de directives claires (contrairement à ce qu’il s’est passé pour la grippe A (H1N1) il y a dix ans. Suite à cela, chaque hôpital a-t-il dû écrire ses procédures ?
Pour la grippe A (H1N1), les hôpitaux avaient tous reçu des directives officielles de plusieurs centaines de pages qui comprenaient toute la gestion de l’éventuelle pandémie qui n’a finalement pas eu lieu. Et même si le H1N1 est devenu un virus prépondérant de la grippe, il n’a pas tué autant de personnes qu’attendu.

Par contre, pour la Covid-19, aucun plan de gestion n’a été transmis aux hôpitaux. Le SARS-CoV-2 est arrivé et s’est transmis plus vite que prévu. Chaque hôpital est donc allé consulter les recommandations américaines et européennes pour créer ses propres recommandations. Cette situation a perduré jusqu’à ce que Sciensano créée un groupe de travail qui propose des recommandations. Mais là aussi, l’évolution trop rapide de l’épidémie a été telle que les experts publiaient leurs recommandations adaptées à une situation déjà dépassée. Nous étions donc toujours en retard de directives adaptées… A présent, les recommandations sont tout à fait actualisées.

Comment fonctionnent les équipes d’hygiène hospitalière sur le terrain ?
Au CHIREC, l’équipe d’hygiène hospitalière se compose de deux médecins hygiénistes (Dr Carole Schirvel, médecin hygiéniste sur les trois sites et moi-même, médecin hygiéniste et responsable du laboratoire de microbiologie à Delta et à Braine-l’Alleud), ainsi que de cinq infirmiers hygiénistes : Mmes Anne Bennert  et Reyes Carpinteiro (Delta), Mme Nathalie Laurent (Braine-l’Alleud), Mme Sandy Moyse (Ste-Anne St-Remi) et M. Franz Debrue (Basilique).

Depuis la crise de la pandémie, le fonctionnement des équipes d’hygiène hospitalière a diamétralement changé. Auparavant, il y avait des comités d’hygiène pluriannuels, locaux et intersites. Les réunions sont à présent quotidiennes. La situation est évaluée chaque matin et une réunion a lieu au moins une fois par semaine avec l’ensemble des intéressés (directeurs médicaux, administratifs, infectiologues, intensivistes, urgentistes, pharmaciens, cadres nursing, biologistes et responsables des achats). La fréquence des réunions est évidemment adaptée à la situation sanitaire. Dès qu’un problème se pose, nous réagissons collégialement. Notre temps est donc à présent majoritairement consacré au coronavirus, même si nous continuons évidemment à traiter tous les problèmes aigus d’hygiène hospitalière. Il s’agit donc bien d’un bouleversement total avec la hâte de retrouver la situation d’avant crise.

Nous faisons face actuellement à un trop plein de travail. L’arrivée des variants et la vaccination sont de nouveaux défis à relever. Or le travail quotidien de chaque infirmière hygiéniste reste de mise. De plus, même entre chaque vague, d’autres problèmes sont survenus et ont dû également être réglés. Je pense notamment à l’organisation des unités de soins en unités Covid, à la création de lits supplémentaires en soins intensifs, au dépistage des patients en pré hospitalisation ou à l’hôpital de jour, à la mise en place de la vaccination, à la gestion des clusters épidémiques dans les unités de soins. Malgré cette charge de travail conséquente, nous nous efforçons de garder le cap et de tout faire pour que la prise en charge de nos patients soit optimale.

Avoir une collègue médecin hygiéniste qui est commissaire-adjointe Corona au gouvernement, ça aide ou ça met la pression ?
Le Dr Carole Schirvel abat un travail phénoménal et remarquable. De par sa fonction au commissariat COVID, le Dr Schirvel peut à la fois renvoyer vers les politiques une situation de terrain mais aussi nous aider dans l’actualisation de tout ce qu’il faut faire. Sa présence est un atout majeur.

Comment se passent les collaborations avec les spécialistes ?
Les échanges entre les spécialistes sont nombreux. Une série de personnes se sont vues imposer ou ont volontairement pris part à de nouvelles fonctions qui n’étaient pas les leurs initialement dans le but de prendre en charge adéquatement les patients COVID. Des moments inoubliables de grand courage, professionnalisme et solidarité.

Aujourd’hui et demain, comment voyez-vous les choses?
Aujourd’hui, nous espérons ne pas voir arriver la troisième vague et souhaitons que la vaccination passe à une vitesse supérieure. Pour ce qui est de demain, cela dépendra de l’attitude de chacun à titre individuel et collectif. N’oublions pas par ailleurs notre nouveau venu SARS-CoV-2 : L’émergence des variants et de leur pathogénicité, sa transmission et la résistance éventuelle aux vaccins seront le défi de demain. La situation reste donc tendue. Nous ne voulons certainement pas être embarqués dans une situation incontrôlable et revoir nos hôpitaux saturés.

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